L'horloge oubliée de Fès : quand le temps s’écoulait à l’eau
- dominique1tournier
- 22 يناير
- 3 دقيقة قراءة
Au cœur de la médina de Fès, non loin de la Medersa Bou Inania, se cache un trésor discret, souvent ignoré des visiteurs pressés : la clepsydre, ou horloge hydraulique.
Un objet fascinant, à la frontière entre science, spiritualité et poésie, qui raconte une autre manière de penser le temps.
Avant les montres, avant les horloges mécaniques, le temps se mesurait ici… à l’eau qui s’écoule.
Une horloge pas comme les autres
La clepsydre de Fès, appelée aussi Dar al-Magana, remonte au XIIIᵉ siècle, à l’époque mérinide.
Son principe est simple et pourtant d’une incroyable sophistication pour son temps : l’écoulement régulier de l’eau permettait de marquer les heures, grâce à un système de bassins, de flotteurs et de mécanismes en bois et en métal.
Suspendue à la façade, la structure comptait autrefois des petites coupelles qui tombaient successivement, un jeu de sons et de mouvements, et un affichage visible depuis la rue.
Le temps n’était pas seulement compté : il était mis en scène.
Quand le temps devient un acte spirituel
À Fès, comme dans tout le monde islamique médiéval, mesurer le temps n’était pas un simple enjeu pratique. C’était une nécessité spirituelle.
La clepsydre permettait notamment de déterminer avec précision :
les heures de prière,
les moments clés de la vie religieuse,
et le rythme collectif de la cité.
Ici, le temps n’était pas une abstraction : il structurait la vie intérieure autant que la vie sociale. Le tic-tac moderne n’existait pas encore, mais déjà, le temps façonnait les gestes, les silences et les rendez-vous invisibles entre l’homme et le sacré.
Une prouesse scientifique oubliée


Longtemps, on a sous-estimé l’ingéniosité scientifique du monde arabo-musulman médiéval.
La clepsydre de Fès est pourtant l’un des témoignages les plus éloquents de cette excellence.
Elle illustre :
une parfaite maîtrise de l’hydraulique,
une compréhension fine des rythmes naturels,
un sens aigu de l’observation et de la régularité.
Sans électricité, sans mécanique moderne, les ingénieurs de l’époque ont conçu un système fiable, précis, et durable. Une véritable leçon d’humilité pour notre époque ultra-technologique.
Un lieu discret, mais profondément évocateur
Aujourd’hui, la clepsydre ne fonctionne plus dans sa forme originelle. Mais sa façade restaurée continue de fasciner ceux qui prennent le temps de la regarder autrement qu’en passant. Elle est en cours de réfection depuis mi 2025.
Elle ne s’impose pas.
Elle ne crie pas son importance.
Elle invite simplement à ralentir.
Dans une médina où tout semble mouvement, bruit, vie et densité, la clepsydre est une pause visuelle et mentale, un rappel que le temps peut être vécu autrement que dans la course.
Voir la clepsydre autrement
La visiter, ce n’est pas cocher une case de plus sur une liste de monuments. C’est accepter de se poser une question rare en voyage :
Comment une civilisation pensait-elle le temps, bien avant que nous ne le mesurions en secondes et en notifications ?
C’est aussi comprendre que Fès ne se livre pas seulement par ses palais et ses souks, mais par ses silences savants, ses inventions oubliées, et ses gestes anciens.
En conclusion
La clepsydre de Fès n’est pas spectaculaire au sens moderne du terme. Et c’est précisément ce qui fait sa beauté. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle cherche à relier. Relier l’eau au temps, le temps à la prière, la prière à la vie, et la vie… à une certaine idée de l’harmonie.
À Fès, le temps ne s’écoule pas seulement.
Il se contemple.



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